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Orthopedie

Une inégalité de longueur des jambes peut-elle survenir après une prothèse de hanche ?

9 février 2026 | 5 min de lecture

Après une chirurgie de prothèse totale de hanche, l’une des questions qui inquiètent le plus les patients concerne une éventuelle différence de longueur entre les deux jambes. Il arrive qu’au moment de se lever ou de recommencer à marcher, certaines personnes aient l’impression qu’une jambe est plus longue ou plus courte que l’autre. Il est toutefois important de savoir que cette sensation ne correspond pas toujours à une véritable différence de longueur osseuse. Dans la majorité des cas, il s’agit plutôt d’une perception temporaire liée au fait que le corps n’a pas encore eu le temps de s’adapter à la nouvelle mécanique de l’articulation. La hanche fait partie des zones clés de l’équilibre, et toute modification à ce niveau peut influencer l’alignement global du corps, en particulier au début de la récupération.

D’un point de vue chirurgical, l’égalité des longueurs de jambes fait partie des objectifs essentiels d’une prothèse de hanche. Néanmoins, le chirurgien ne se concentre pas uniquement sur la longueur : il doit aussi garantir la stabilité de l’articulation, le bon positionnement de l’implant et la réduction du risque de luxation. Chez certains patients, en raison d’une laxité ligamentaire, d’une faiblesse musculaire ou de déformations osseuses préexistantes, il peut être nécessaire d’allonger très légèrement le membre opéré afin d’obtenir une hanche plus stable et plus sûre. Cet allongement est le plus souvent minime, généralement inférieur à un centimètre, et dans la vie quotidienne beaucoup de patients ne le remarquent plus une fois la marche redevenue naturelle.

Une véritable inégalité de longueur, durable et marquée, reste aujourd’hui relativement rare grâce aux techniques modernes et aux méthodes de mesure plus précises. La planification préopératoire, les repères utilisés pendant l’intervention et les contrôles réalisés au bloc opératoire permettent de limiter fortement ce risque. Malgré cela, la sensation d’inégalité peut être fréquente pendant les premières semaines, sans qu’il y ait une différence réelle. À mesure que la rééducation progresse et que le corps retrouve ses repères, cette impression tend souvent à s’atténuer spontanément. C’est pourquoi, dans les premières phases, il est généralement préférable de suivre l’évolution plutôt que de conclure trop vite à un problème définitif.

Pourquoi ressent-on une différence de longueur après l’opération ?

La cause la plus fréquente de cette sensation est liée aux troubles de posture et de marche qui se sont installés avant l’opération. Les personnes souffrant d’arthrose avancée ou de lésions importantes de la hanche marchent souvent pendant des mois, voire des années, avec douleur, et transfèrent inconsciemment leur poids sur le côté sain. Avec le temps, cela peut entraîner une bascule du bassin, des compensations au niveau de la colonne vertébrale et un déséquilibre général. Après l’intervention, lorsque la douleur diminue et que la hanche retrouve un fonctionnement plus “normal”, le corps peut percevoir cette nouvelle posture comme une différence de longueur, alors qu’il s’agit surtout d’un réalignement.

Les facteurs musculaires et des tissus mous jouent également un rôle majeur. Pendant une chirurgie de prothèse de hanche, les muscles, les ligaments et la capsule articulaire autour de l’articulation sont forcément sollicités. Après l’opération, certains muscles peuvent être tendus et raccourcis, tandis que d’autres sont affaiblis et manquent de tonus. En particulier, une faiblesse des muscles abducteurs de la hanche peut provoquer une démarche instable, avec une tendance à “partir” d’un côté. Cette instabilité peut donner l’impression que la jambe opérée est plus longue ou plus courte, alors que le problème provient surtout d’un déficit de contrôle musculaire qui s’améliore avec un travail adapté.

Enfin, l’œdème postopératoire, la sensibilité des tissus et la douleur peuvent accentuer cette perception. Un gonflement autour de la hanche opérée peut créer une sensation de tension et pousser le patient à limiter l’appui sur la jambe, par appréhension ou inconfort. Cette compensation modifie la manière de marcher, entraîne une répartition inégale du poids et renforce l’impression de déséquilibre. À mesure que l’œdème diminue, que la douleur est mieux contrôlée et que la confiance revient, la marche se régularise et la sensation de différence de longueur s’estompe dans un grand nombre de cas.

Que faire si la différence est permanente ?

Si la sensation de différence de longueur persiste au-delà des premiers mois, une évaluation médicale plus approfondie est recommandée. À ce stade, on ne se base pas uniquement sur ce que le patient ressent : des mesures objectives sont indispensables. Des radiographies en charge (debout), l’analyse de l’alignement du bassin, la posture globale et parfois une analyse de la marche permettent de mieux comprendre la situation. Il n’est pas rare qu’un patient ait la conviction d’une différence importante alors que les examens montrent surtout un déséquilibre postural ou une bascule du bassin, qui peut se corriger avec le temps et la rééducation.

Lorsqu’une légère différence réelle est confirmée, une nouvelle chirurgie n’est généralement pas nécessaire. La prise en charge repose souvent sur une rééducation ciblée, des exercices de posture et de renforcement musculaire, ainsi que sur un accompagnement pour améliorer la stabilité à la marche. Dans certains cas, une petite compensation par une semelle ou un rehaussement dans la chaussure peut suffire à rétablir le confort et l’équilibre. Grâce à ces solutions, de nombreux patients reprennent leurs activités quotidiennes sans douleur et avec une marche plus naturelle, tout en constatant une diminution progressive de la gêne.

Plus rarement, si l’inégalité est importante et altère clairement la qualité de vie, une chirurgie de reprise (révision) peut être envisagée. Cette décision ne se prend pas à la hâte : on attend en général que la récupération soit complète et que le corps ait eu le temps de s’adapter, car certaines sensations disparaissent tardivement. Le chirurgien évalue alors la position de la prothèse, la stabilité de la hanche, les symptômes du patient et son état de santé général pour décider de la meilleure stratégie. Dans tous les cas, un suivi régulier et le respect du programme de rééducation restent essentiels pour orienter la prise en charge dans la bonne direction et obtenir un résultat durable.